QU’EST-CE QU’UN TRAVAIL DE PAROLE ?

J’appelle travail de parole ce processus d’élaboration par lequel le chemin des mots prononcés et adressés permet d’atteindre ce que la pensée intentionnelle seule échoue à saisir.

Là où l’effort de la réflexion et la volonté viennent inévitablement buter, un travail de parole ouvre un accès.

C’est par un tel processus qu’une personne va pouvoir situer et possiblement déchiffrer les causes profondes des souffrances psychiques et relationnelles qui l’affectent.

En un sens, et c’est là le cœur de la méthode psychanalytique, il y a une véritable thérapeutique du travail de parole.

La personne empêchée ou en souffrance s’y engage dans un travail sur soi en tant qu’être parlant, en tant qu’être de langage reprenant pied dans sa propre parole.

Une parole qui, pas à pas, se dégage des évidences, des discours établis, des mantras répétitifs, qui se risque à mettre des mots sur l’insupportable et cherche à saisir l’indicible, à penser l’impensé.

Une parole qui, chemin faisant, va permettre à la personne de reprendre place dans son histoire et de s’autoriser un devenir.

Pour qu’un travail de parole puisse s’engager, des conditions précises sont nécessaires.

Tout d’abord, un lieu : un lieu où la personne peut se poser et prendre place, où elle peut être accueillie sans jugement avec ses questions, ses peurs, ses souffrances, ses empêchements et ses rêves.

Autre condition, un temps : un temps pour chercher, pour douter, un temps pour errer et se repérer, pour se dégager des injonctions d’immédiateté, pour détricoter les récits qui enferment, pour se risquer à parler en son nom.

Enfin, il faut quelqu’un pour entendre, un écouteur public, comme l’écrivait le psychanalyste Serge Leclaire, quelqu’un qui a pour fonction de garantir ce cadre et qui, à partir de sa propre expérience d’un travail de parole, va soutenir la personne dans son questionnement, ses élaborations, son inventivité.

Ainsi, en opérant dans un certain écart par rapport aux attentes et aux temporalités usuelles, le travail de parole se fait le lieu d’une ouverture.

Ce qui s’ouvre, modestement et sans tapage, c’est la possibilité d’une relation à soi, à l’autre et au monde, la possibilité d’une existence à la fois singulière et en relation.